28ième Dimanche Ordinaire
Année C - Lc 17, 11-19
Jésus, marchant vers Jérusalem,
traversait la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix
lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui
crièrent: «Jésus, maître, prends pitié de nous.» En les voyant, Jésus leur
dit: «Allez vous montrer aux prêtres.»
En cours de route, ils furent purifiés. L’un d'eux, voyant qu'il était
guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta la
face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un
Samaritain. Alors Jésus demanda: « Est-ce que tous les dix n'ont pas été
purifiés? Et les neuf autres, où sont-ils? On ne les a pas vus revenir
pour rendre gloire à Dieu; il n’y a que cet étranger! » Jésus lui dit:
«Relève-toi et va: ta foi t’a sauvé.»
RÉFLEXION par Yvon-Michel Allard, svd
L ’évangile d’aujourd’hui nous
rappelle que la gratitude est une vertu rare… et c’est triste.
Aujourd’hui, nous ne nous sentons pas très à l’aise devant la nécessité de
remercier…
Mark Twain écrivait: « Si vous ramassez un chien affamé, vous lui donnez à
manger et prenez soin de lui, il vous en sera reconnaissant, s’attachera à
vous et ne vous mordra pas. C’est là la différence principale entre un
chien et un être humain. » Cette remarque semble pessimiste, mais
malheureusement elle reflète souvent la réalité.
Aujourd’hui, nous avons l’impression, dans notre mentalité moderne, que la
gratitude ne fait plus parti de nos habitudes. Nous vivons dans une époque
ou les êtres humains croient qu’ils se sont fait eux-mêmes, « self-made
man » « Self-made woman ». « Ce que j’ai, ce que je suis, je ne le dois
qu’à moi-même. »
Je me pose parfois la question : moi qui me pense si intelligent et si
débrouillard, qu’est-ce que je ferais de mes talents si j’étais né au
Congo, au Ruanda, au Brésil, en Irak, au Vietnam, en Chine?
Face au succès dans leur carrière, dans leur vie, plusieurs aujourd’hui
affirment n’avoir besoin ni de Dieu ni des autres. Ils sont « indépendants
» et ne veulent dépendre de personne.
En fait, nous avons reçu de quelqu’un d’autre la vie, l’éducation, la
santé, les talents. Sans les autres et sans Dieu, nous n’existerions pas.
Ceci nous invite à la reconnaissance.
Mais l’évangile de ce jour va beaucoup plus loin que la simple
reconnaissance. Le pharisien revient sur ses pas pour «rendre hommage», il
vient adorer. «Il revient sur ses pas en glorifiant Dieu à haute voix et
se prosterna aux pieds de Jésus en le remerciant.»
On a tendance à séculariser l'Évangile. Tout ce qui s'appelle culte,
louange, glorification de Dieu est mis de côté. Nous en acceptons l’aspect
social, l’entraide humain, mais on voudrait que tout s’arrête là.
« Il se prosterne la face contre terre! » Un geste que les gens des pays
riches ne font plus jamais. Nous avons le ventre trop plein pour nous
prosterner profondément. Les hommes de l'Islam, qui sont capables de se
plier en deux jusqu'à mettre le front contre la terre, nous donne un
exemple de cette façon de rendre hommage, d’adorer.
Peut-être que l'abandon massif du culte dominical est l'illustration la
plus caractéristique de cette perte du sens de la louange et l’adoration.
On ne sent plus le besoin de glorifier Dieu, de lui dire merci. Devant le
petit nombre de chrétiens qui vivent l'Eucharistie dominicale, on est
tenté de dire comme Jésus: « Où sont donc les autres, n'ont-ils pas été
rachetés eux aussi? »
Autrefois, on disait merci au Seigneur avant et après le repas, on
remerciait à la fête de l’Action de grâce pour les récoltes et la
nourriture qui nous venait de la ferme, on se réunissait chaque dimanche
avec la communauté chrétienne, pour dire merci pour le don de la vie, pour
notre famille, pour la paix dans notre pays, pour la nourriture abondante,
pour être chrétien. Aujourd’hui, bon nombre de chrétiens ne sentent plus
ce besoin de dire merci.
Le chrétien, ce n’est pas celui ou celle qui demande des grâces, c’est
celui ou celle qui rend grâce… qui sait remercier. Le mot « eucharistie »
veut dire «rendre grâce».
Le Samaritain de l’évangile devient donc, non seulement un symbole de la
personne sauvée, mais aussi un symbole de la personne qui sait rendre
grâce, qui sait s’agenouiller.
La célébration d’aujourd’hui est une excellente occasion pour récupérer
une attitude de reconnaissance envers Dieu, une attitude qui devient acte
d’adoration, de glorification... un hymne d’amour.
Réapprenons à nous agenouiller devant Dieu pour le remercier et le
féliciter de tout ce qu’il fait dans nos vies. Nous pourrons ainsi
renouveler notre confiance en lui, sachant qu’il ne nous laissera pas
tomber dans les moments difficiles de détresse, de maladie et de mort.
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