Réflexion

24 novembre 2007

 

34ième Dimanche Ordinaire - Fête du Christ-Roi
Année C - Lc 23, 35-43

On venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d'autres : qu'il se sauve lui-même, s'il est le Messie de Dieu, l'Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui. S'approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée, ils lui disaient: « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même! » Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui‑ci est le roi des Juifs. »

L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait : « N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste: après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »

Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. » Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »


RÉFLEXION par Yvon-Michel Allard, svd

La fête du Christ-Roi, célébrée en fin d’année liturgique, ne correspond pas tellement à la sensibilité religieuse contemporaine. Tout ce qui est fastueux, triomphaliste dans l'Église est contesté par notre génération hostile à toute manifestation de pouvoir et de puissance. Le temps des rois et des reines est terminé et nous regardons avec un peu d’amusement les déplacements et les scandales des Royautés de ce monde.

Malgré l’impopularité de la royauté, celle de Jésus dans les évangiles ne fait pas de doute et les évangélistes la mentionnent tout au long de la vie du Seigneur. Pour apprécier ce genre de leadership, il nous faut en comprendre la nature.

Dans les évangiles, on mentionne le royaume de Dieu 122 fois et 90 fois l’expression est utilisée par Jésus lui-même, mais jamais dans le sens de pouvoir politique.

Il est clair que le Christ est le « roi du royaume de Dieu » :

- Dès le début de l’évangile de Matthieu, les sages venus d’Orient demandent
  au roi Hérode :« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » (Mt 2, 2)

- Dans le texte du jugement dernier, « le Roi dit à ceux à sa droite :
  < Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été
     préparé depuis la fondation du monde >». (Mt 35, 34)

- Devant Pilate, Jésus répond :
  « Oui, je suis roi... mais mon règne n’est pas de ce monde ».

- La royauté est le motif de sa condamnation à mort :
  « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs » (Mt 27, 37)

Lorsque le Christ dit à Pilate que son royaume n’est pas de ce monde, il ne veut pas dire que son règne ne peut pas exister maintenant, mais qu’il n’est pas basé sur les règles de notre monde à nous. Ce n’est pas une royauté de pouvoir mais une royauté de service et de fraternité.

Ce qui indique le mieux la grande différence entre la royauté de César et celle du Christ est le pardon que Jésus offre à ceux qui l’ont condamné à mort :  « Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font ». (Lc 23, 34) Jusqu’à la fin, Jésus va exercer sa mission de salut pour tous.

Le texte de Luc est un texte dérangeant. Le trône de Jésus est la croix, sa couronne est une couronne d'épines, son investiture est un titre de condamnation à mort cloué au-dessus de sa tête: " Celui-ci est le roi des juifs !", ses gardes du corps sont deux malfaiteurs condamnés avec lui. C’est une vie ratée, une défaite complète. Et l’inscription écrite en grec, en latin et en hébreu, a une répercussion universelle.

Cependant, jusqu’à la fin, les évangiles insistent sur cette royauté d’amour et de service : « Jésus, souviens-toi de moi dans ton royaume… Aujourd’hui même tu seras avec moi dans le paradis » Dans ce royaume, il y a de la place pour ceux que l’on ignore dans les autres royaumes : les pauvres, les rejetés, les blessés d la vie. Le premier à y entrer est ce malfaiteur crucifié avec lui.

Le Royaume de Dieu, qui selon Jésus commence à se réaliser dès maintenant, existera pleinement lorsque les pauvres, les persécutés, ceux qui souffrent, ceux qui sont rejetés trouveront leur juste place. C'est pour inaugurer une telle société que Jésus est venu parmi nous.

Avec ce genre de royauté, le Christ veut créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle, dans nos familles, dans nos paroisses et dans notre monde de compétition effrénée et de violence sans limites.

« Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier d’entre vous, sera votre esclave. C’est ainsi que le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. » (Mt 20, 25-28)

Comme le levain dans la pâte, le royaume de Dieu s’installe dans notre monde chaque fois :
- qu’une mère veille sur son enfant malade;
- qu’un mari prend soin de son épouse diminuée par la maladie d’alzheimer;
- qu’une bénévole visite des personnes hospitalisées;
- qu’un  chrétien apporte la communion à un handicapé;
- qu’une personne fait courageusement le premier pas pour se réconcilier
   avec ses frères et sœurs;
- qu’un chœur de chant se rend dans une résidence pour personnes âgées
  afin de briser la  monotonie quotidienne et partager un peu de joie et de
  musique;
- etc., etc., etc.

Chacun de nous doit trouver sa façon d’établir le royaume de Dieu dans notre monde d’aujourd’hui.

Si nous participons à ces activités de service maintenant, un jour « le Roi nous dira à nous aussi : <venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume, car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’étais nu et vous m’avez vêtu, j’étais malade et en prison et vous êtes venus me visiter… > ».

Le dimanche du Christ Roi récapitule toute notre année liturgique en nous rappelant que « le règne de Dieu vient » à chaque fois que nous nous penchons sur quelqu’un qui souffre et qui est dans le besoin.

« Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié,
    que ton règne vienne
. ».