Réflexion

 3 février 2008

 

4ième Dimanche Ordinaire 
Année A - Mt 5,12

Quand Jésus vit la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire.

Il disait: «Heureux les pauvres de coeur: le Royaume des cieux est à eux! Heureux les doux: ils obtiendront la terre promise! Heureux ceux qui pleurent: ils seront consolés! «Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice: ils seront rassasiés! Heureux les miséricordieux: ils obtiendront miséricorde! Heureux les coeurs purs: ils verront Dieu!

«Heureux les artisans de paix: ils seront appelés fils et filles de Dieu! Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice: le Royaume des cieux est à eux! Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux!»

RÉFLEXION par Yvon-Michel Allard, svd

Le sermon sur la montagne (Mt 5,1 ‑ 7,29) s’ouvre avec les béatitudes. Il est intéressant de constater que ce programme de vie proposé aux fils et aux filles du Royaume de Dieu ne commence pas par une série d’obligations : «vous devez faire ceci, vous devez faire cela…» mais par la répétition joyeuse du «heureux êtes-vous!». Ce code de conduite promulgué par le Christ est un vibrant appel au bonheur. La vocation des chrétiens est un appel à la joie. 

« Heureux », revient cinquante-cinq fois dans le Nouveau Testament ? La religion de Jésus n’est pas une religion triste, tournée vers tout ce qui est négatif. Le Seigneur veut rendre les gens heureux. 

Les Béatitudes ne sont pas un tranquillisant spirituel destiné à nous faire accepter les difficultés de la vie présente dans l’attente d'un monde meilleur plus tard ! Elles sont un appel et une mission qui nous est confiée maintenant à nous qui avons reçu l’Évangile. 

Tout de suite après les Béatitudes, Jésus explique ce que l’on doit faire chaque jour pour être heureux : «On vous a dit : Tu ne tueras point. Moi je vous dis de ne pas insulter, de ne pas même contrister vos frères et soeurs. On vous a dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Moi je vous dis de conserver votre oeil et votre coeur pur. On vous a dit : oeil pour oeil, dent pour dent. Moi je vous dis de ne pas vous laisser prendre dans l’escalade de la violence ; répondez à la violence en étant des artisans de paix. On vous a dit : aimez votre prochain et haïssez votre ennemi. Moi je vous dis : aimez vos ennemis comme vous-mêmes. On vous a dit : les offrandes à l’autel doivent avoir la priorité. Moi je vous dit : Quand tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère ou ta sœur a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel. Va d’abord te réconcilier avec ton frère ou ta soeur; puis reviens, et alors présente ton offrande». 

Jésus parle du bonheur en terme d’amour pour les autres. C’est cela, en effet qui caractérise aussi bien les Béatitudes que le Jugement dernier (Mt 25 : J’avais faim et vous m’avez donné à manger; j’avais soif… j’étais nu… j’étais malade…).  

Jésus est la clé de compréhension des béatitudes. «Le Seigneur n’arrachera pas le roseau écrasé, il n’éteindra pas la mèche qui vacille» (Mt 12, 20). «Apprenez de moi qui suis doux et humble de cœur» (Mt 11, 29). 

L’évangile des Béatitudes nous présente Jésus entouré par une foule de malades, d’infirmes, de gens qui souffrent de toutes sortes de tourments... (Mt 4, 23). « A la vue des foules, il fut saisi de pitié, car ces gens étaient prostrés, écrasés, comme des brebis qui n’ont pas de berger» (Mt 9, 36). 

Jésus s’identifie à ceux et celles qui souffrent.  Il ira jusqu’à dire: «Ce que vous avez fait à l’un de ces petits... c’est à moi que vous l’avez fait» (Mt, 25,40). 

Dans le Sermon sur la Montagne, le Christ est le bon pasteur, le nouveau Moïse venu refaire l’unité du Peuple de Dieu. Il promulgue la loi du Royaume et invite ses auditeurs à changer de vie, à se convertir, à voir les choses d’une manière différente, car le Royaume des cieux est au milieu d’eux. 

La joie des béatitudes trouve son fondement dans la découverte joyeuse que dès maintenant il est possible d’adopter une façon nouvelle de vivre. Il s’agit de choisir des valeurs qui peuvent nous changer et apporter un peu de chaleur humaine aux gens autour de nous. Les béatitudes ont la possibilité de transformer notre coeur de pierre en coeur de chair. 

Dans une société de gens violents, intolérants, revendicateurs, le Seigneur nous propose aujourd’hui un choix très différent de celui offert par le monde. Il ne s’agit pas d’être le premier, le meilleur, le plus riche, le plus fort, mais d’être des femmes et des hommes de paix, de partage, d’entraide et de remplacer notre mentalité égoïste (moi! moi! moi!) par une mentalité fraternelle. 

Nous avons toujours eu de ces femmes et ces hommes de paix au milieu de nous. Il faut penser au Mahatma Gandhi, à Martin Luther King, Thérèse de Calcutta, Jean Vanier, Nelson Mandela, Desmon Tutu... Ils sont aussi très nombreux dans nos familles et dans notre entourage. En les regardant agir, nous comprenons facilement qu’une seule personne peut faire la différence. 

Manuel Mejìa Vallejo, un auteur péruvien, a écrit un roman intitulé «El día señalado» : il raconte l’histoire d'un curé de campagne dans un village abandonné à la sécheresse et à la mort lente de la terre et du village. Aux paroissiens qui viennent se confesser, il ne trouve de meilleur remède que de donner comme pénitence la graine d'un arbre qu’ils devront planter pour être absous. Ces pauvres gens ont dû commettre de nombreux péchés car après une vingtaine d’années la croissance de tous ces arbres a changé le climat, redonné la croissance à la terre et l'espoir aux familles. 

Ce modèle d’humanité vécu par ces hommes et femmes de partage et de paix démontre qu’une personne peut faire la différence. 

De nouveau aujourd’hui, le Christ nous invite à la conversion : «Venez à moi, vous tous qui peinez et êtes accablés, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, parce que je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos pour vous-mêmes, car mon joug est agréable et mon fardeau léger» (Mt 11, 28-30). 

« Heureux les artisans de paix; ils seront appelés fils et filles de Dieu. »