Réflexion

13 avril 2008

 

4ième Dimanche du Temps Pascal
Année A - Jn 10, 1-10

Jésus parlait ainsi aux pharisiens: «Amen, amen, je vous le dis: celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est lui le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus.»

Jésus employa cette parabole en s’adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu’il voulait leur dire. C’est pourquoi Jésus reprit la parole: «Amen, amen, je vous le dis: je suis la porte des brebis. Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance.»


RÉFLEXION par Yvon-Michel Allard, svd

Le philosophe Henri Bergson disait: «Les centaines de livres que j’ai lus ne m’ont pas donné autant de réconfort que le Psaume 23: “Le Seigneur est mon berger, je ne me manque de rien; Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure.» 

Et l’écrivain Carl Ryan dans « Le jour le plus long », raconte que le 6 juin 1944, durant le débarquement sur les côtes de Normandie, un jeune soldat canadien, afin de calmer la tension de ses compagnons, se mit à réciter à haute voix le Psaume 23. 

En ce quatrième dimanche de Pâques, nous avons tous en tête la parabole du bon Berger, tant de fois redite et tant de fois représentée dans l’art chrétien. 

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus mélange les images d’une façon un peu déconcertante. Il se compare au pasteur aussi bien qu’à  la porte des brebis, deux images qui sont en fait complémentaires. Et saint Jean continuera à élaborer cette image dans l’évangile de dimanche prochain lorsqu’il dira : «Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi». (Jn 14, 6)

Malgré toutes nos revendications d’autonomie, nous avons besoin d’être guidés vers le bonheur, vers une vie pleine et entière. Nous avons tous besoin d’un gouvernail. En préparation à cette réflexion, je relisais l’histoire du Bismarck. Pendant la deuxième guerre mondiale, c’était le plus gros bateau de guerre au monde. Avec ce géant des mers, les Allemands dominaient les océans. Le Bismarck coula des dizaines de bateaux de combats et de ravitaillement. Il avait la réputation d’être indestructible. 

Malgré cette réputation, les Anglais réussirent à envoyer ce bateau par le fond… et une seule torpille suffit, une torpille qui frappa le gouvernail et le bloqua complètement. Ne pouvant plus manœuvrer, le Bismarck allait en zigzag sur la mer. Il lui était impossible d’atteindre un port allemand afin de se protéger et de faire effectuer les réparations nécessaires. En peu de temps la marine anglaise donna l’ordre à plusieurs bateaux de combat de se diriger vers le Bismarck et de le couler. 

Malgré toute sa puissance de feu et son enveloppe d’acier, tout bateau sans gouvernail est condamné à la destruction. Ceci est aussi vrai pour chacun de nous qui avons besoin de direction. La vie est trop compliquée pour que nous puissions la traverser seul, en toute sécurité. Nous avons besoin d’être guidés et d’être protégés. Le Christ nous offre cette protection contre les éléments qui pourraient nous faire du tord et nous détruire. 

Nous pouvons bien sûr suivre d’autres guides, et beaucoup se présentent à nous comme des «sauveurs providentiels»... mais Jésus nous avertit : «attention! Si vous les suivez, vous serez volés et détruits». On nous promet un corps parfait, sans ride, qui ne vieillit pas… le bonheur instantané si nous achetons telle maison, tel bateau de plaisance, telle voiture… le voyage de votre vie ou les vacances de nos rêves… le placement en bourse qui nous procurera un avenir assuré… 

Il est facile de se laisser séduire par des colporteurs de bonheur garanti. Tous nous proposent une recette-miracle, «pour notre plus grand bien!». Mais ces charlatans, ces vendeurs de bonheur à rabais, ne cherchent qu’à s’enrichir à nos dépends. 

Jésus avait conscience d’être un «passage», une «porte», qui donne accès à un espace nouveau! Il est la porte qui conduit au Père.  Derrière cette porte, il n’y a pas un Dieu qui fait peur, un Dieu qui demande des performances extraordinaires, mais un Dieu qui aime, qui accueille le fils prodigue, la fille pécheresse, le bon larron.

La préoccupation du Seigneur n’est pas de nous enfermer dans le corral afin de nous protéger, mais bien de nous faire découvrir la beauté de l’air libre, les grands horizons, les espaces illimités. «Il entrera et sortira et trouvera du pâturage.» 

Souvent, nous sommes enfermés dans une sorte de «huis clos». Nous sommes bloqués à cause d’une maladie, d’un complexe, d’un traumatisme, à cause de notre famille, de nos amis, d’une addiction à l’alcool, au jeu, à la drogue… Nous avons tous, un jour ou l’autre, à faire face à des problèmes qui ne semblent pas avoir d’issu. Nous nous sentons pris au piège, emprisonnés, ne sachant comment nous en sortir. 

C'est alors que Jésus intervient et nous dit qu’il est la porte, qu’il est l’issue. Image de liberté ! Image de vie et de fraîcheur! Suivre Jésus n’est pas, comme certains le pensent, vivre une vie à moitié… c’est au contraire vivre pleinement : «Je suis venu pour que vous ayez la vie et l’ayez en abondance.» 

Nous avons besoin d’aide et de direction. C’est pourquoi nous venons rencontrer le Seigneur chaque dimanche. Il redonne un sens à notre vie. Il est notre gouvernail, le garant de notre liberté, notre compagnon de route.

«Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, tu me guides et me rassure»