Réflexion

11 mai 2008

 

Dimanche de la Pentecôte 
Année A - Jn 20. 19-24

C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit: «La paix soit avec vous!» Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau: «La paix soit avec vous! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie.»
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit: «Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus.»


RÉFLEXION par Yvon-Michel Allard, svd

Aujourd’hui, en cette grande fête de la Pentecôte, la liturgie nous propose deux récits qui décrivent la venue de l’Esprit dans notre monde. Le récit de S. Luc dans les Actes des Apôtres est  riche en couleurs, enthousiasme et mouvement. Le récit de S. Jean, plus discret, nous présente le Christ derrière des portes closes, qui offre sa paix et son souffle de vie.

Le contraste entre ces deux récits est évident : tandis que les Actes des Apôtres évoquent le feu, le bruit, l’enthousiasme, le récit de S. Jean est fait d’intériorité et de discrétion. Dans les deux cas, l’Esprit se manifeste comme une force capable de nous recréer, au plus profond de nous-mêmes. Ce sont deux manières différentes et complémentaires de parler de l’Esprit qui renouvelle le cœur de l’être humain et la face de la terre. 

S. Jean et S. Luc mentionnent que la Pentecôte a lieu «le premier jour de la semaine». Ceux et celles qui lisaient ces textes et connaissaient le langage biblique savaient que ce premier jour célébrait une nouvelle création, un monde nouveau. Jean utilise le langage connu par les chrétiens de son temps pour exprimer cette renaissance : «Il répandit sur eux son souffle». Ceci rappelle le texte de la création d’Adam quand Dieu « insuffla une haleine de vie et l’homme devint un être vivant». (Genèse 2, 7)  Il fait aussi allusion au texte du prophète Ézéchiel dans le cimetière des os desséchés: «Viens des quatre vents, Esprit de Dieu, soufflé sur ces morts pour qu’ils vivent». (Ézéchiel 37, 6) 

La Pentecôte, c’est la fête de la deuxième chance. Les apôtres n’avaient pas tenu leurs promesses, ils avaient manqué de fidélité et d’amitié envers Jésus. Effrayés, Judas a trahi, Pierre a renié trois fois, tous ont pris la fuite. Ils avaient bien besoin d’être pardonnés, de revivre, d’être renouvelés. S. Jean nous dit qu’ils étaient enfermés dans la maison et toutes les portes étaient verrouillées. Ils étaient paralysés par la peur.  Ils se sentaient coincés et ne voyaient pas d’issue possible. 

L’écrivain Jean-Paul Sartre a composé une pièce de théâtre dans laquelle il explore l’agonie des personnes qui se sentent coincés, dans des situations sans issue, comme celle où se trouvaient les apôtres après la mort de Jésus. Sartre a intitulé sa pièce de théâtre: «Huis clos» : 

Trois personnes se retrouvent dans une grande pièce avec des miroirs tout au tour, sur les quatre murs. Il n’y a pas de sortie dans cette chambre et la pièce se joue sans intermission. Les trois personnages sont présents sur la scène pendant toute la durée du drame, puisqu’ils sont condamnés à passer l’éternité ensemble, sans pouvoir quitter cette chambre. Tout au long de la pièce, ils parlent de leur passé, mais ce passé, ils ne peuvent le changer. Ils demeurent enfermés dans la chambre sans issu. Leurs derniers mots sont : «Sortons d’ici», mais ils ne bougent pas car ils ne peuvent aller nulle part. Ils n’ont aucune perspective d’avenir! 

En cette fête de la Pentecôte, l’Esprit Saint nous offre une perspective d’avenir. Le Seigneur nous dit que nous avons une sortie, une issue possible. Le Christ vient avec sa paix. Il souffle sur nous, comme il a soufflé sur les apôtres, et nous donne la force de son Esprit. Les portes verrouillées s’ouvrent et un vent de fraîcheur nous invite à sortir au grand air. 

Notre printemps canadien est une merveilleuse image de ce que l’Esprit peut faire en nous. Ceux qui ne connaissent pas le climat rigoureux de nos hivers et qui viennent nous visiter en janvier, peuvent penser que la nature est morte et congelée et que rien ne pourra lui redonner la vie… mais il suffit d’un peu de soleil printanier, de chaleur du mois de mai pour que la vie éclate de nouveau avec une force extraordinaire... L’Esprit peut être notre propre printemps et faire revivre en nous ce qui semblait mort et desséché. 

La fête de la Pentecôte offre à chacun de nous l’occasion de renouveler notre relation avec Dieu. C’est le temps d’un nouveau commencement : «Je vous enverrai mon Esprit et vous vivrez de nouveau». 

L’Esprit nous invite à revivre et à grandir. Nous devons refuser d’être des hommes et des femmes bonsaï, tout petits, rapetissés, ratatinés! Nous devons refuser d’être comme l’aigle de basse-cour d’Antony DeMello : 

Un fermier avait trouvé, tout en haut dans la montagne, un oeuf d’aigle... Il fit éclore l’aiglon dans son poulailler où le petit oiseau apprit à manger du grain, à voleter sur quelques mètres, à se jouquer pour dormir... Un jour il vit un grand oiseau qui planait majestueusement très haut dans le ciel. Il demanda à une poule plus âgée quel genre d’oiseau c’était. «Ah ça, c’est un aigle. Ce sont de drôles de phénomènes. Ils volent seuls, très haut, pendant des heures et des heures. Ils sont tellement différents de nous. Il vaut mieux ne pas penser à ce genre d’énergumènes! L’aiglon oublia le grand oiseau et continua à vivre comme les poules. 

Nous, les chrétiens, sommes invités à voler plus haut, dans la pleine liberté des enfants de Dieu, à ne pas nous contenter d’une vie médiocre, au raz le sol! 

En nous donnant son Esprit, le Christ ouvre les portes verrouillées de nos peurs et nous envoie dans notre milieu de vie où nous nous efforcerons de créer un monde meilleur et plus humain.  

Envoie ton Esprit et renouvelle la face de la terre (Psaume 104, 30)