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Réflexion
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15ième Dimanche Ordinaire Année A - Mt 13, 1-24 Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac. Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu’il monta dans une barque où il s’assit; toute la foule se tenait sur le rivage. Il leur dit beaucoup de choses en paraboles: «Voici que le semeur est sorti pour semer. Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde. Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. D’autres grains sont tombés dans les ronces; les ronces ont poussé et les ont étouffés. D’autres sont tombés sur la bonne terre et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Celui qui a des oreilles, qu’il entende!» (Mt 13, 1-9)
La parabole, en tant que genre littéraire, était très présente dans la littérature hébraïque. Nous en connaissons environ trois mille et Jésus les utilisait souvent. Il excelle à les raconter et le rabbin Klausner, de l’Université hébraïque de Jérusalem, disait que le chef-d’oeuvre de la littérature juive sont les paraboles de Jésus. Le mot «parabole», en hébreu «mâchâl», signifie « récit symbolique destiné à faire découvrir un sens caché ». La parabole ne s’impose pas, elle propose, elle éveille. Elle manifeste un grand respect pour les auditeurs et s’adresse à leur capacité d’imagination. Elle est entièrement confiée à la réflexion et à l’intelligence de l’auditeur. Pendant trois dimanches consécutifs, nous allons entendre sept paraboles que Matthieu a regroupées dans le troisième grand discours de son évangile. Jésus est alors à un tournant difficile de son ministère: il se heurte à l’hostilité ouverte des chefs religieux qui ont décidé de le supprimer et les foules, après l’enthousiasme facile des débuts, sont déçues par ce messie qui refuse de passer à l’action politique. Dans la parabole du semeur, l’intérêt de Jésus est dirigé vers la semence du Règne de Dieu. Pour les premiers chrétiens, la préoccupation devient graduellement le désir d’être une bonne terre pour recevoir cette semence. Cette préoccupation a donné naissance à la deuxième partie de la parabole. La parabole du semeur est d’abord et avant tout une invitation à l’espérance : malgré tous les obstacles, nous dit le Seigneur, la récolte sera bonne. Pendant les mois d’été, nous avons plein d’expériences avec nos parterres et nos jardins. Les légumes et les fleurs poussent en abondance et, dans les champs, nous voyons apparaître le blé, le mil, le trèfle, l’avoine le maïs et l’orge. La semence est tombée dans la bonne terre et elle produit en abondance. Cependant, nous savons aussi qu’il n’est pas toujours facile de réussir nos semences. Il y a trop de pluie, trop de soleil, trop de moustiques, trop de petits animaux, etc. Malgré toutes ces difficultés, la récolte sera extraordinaire : du 30, du 60 ou du 100 pour un ! Ceci est beaucoup plus généreux que ce qu’attendaient les fermiers au temps de Jésus. Ils pouvaient espérer, pour une bonne récolte, entre du 5 et du 8 pour 1. Jésus connaissait les obstacles que la Parole de Dieu rencontrait. Mais il savait aussi que cette Parole avait le pouvoir de transformer un terrain rocailleux en terre d’abondance. Isaïe nous dit dans la première lecture : « De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission. » (Is 55, 10-11). La Parole de Dieu donne du fruit en abondance. Elle guérit, assouplit et recrée. Elle peut transformer « nos coeurs de pierre en coeur de chair ». Il ne faut pas diviser les hommes et les femmes en deux catégories: ceux et celles de la bonne terre et ceux et celles des terrains inproductifs. Chacun et chacune d’entre nous représente, à certains moments de notre vie, les différents terrains mentionnés dans la parabole. Il y a d’abord la semence qui tombe sur le bord du chemin. Ceci représente les occasions où trop de choses prennent toute la place dans notre vie et risquent d’étouffer notre foi. « Vous comprenez, j’aimerais bien être à l’écoute de la Parole de Dieu le dimanche ! Mais, j’ai mes fêtes de famille, les sports à la télé, les voyages organisés, le cinéma, le théâtre et le tennis, le ski l’hiver et le golf l’été... et puis, il y a la fatigue de la semaine, alors je profite du week-end pour me reposer... ». Et la rencontre avec Dieu passe après tout le reste. Il y a les terrains rocailleux qui rendent notre foi superficielle et éphémère. Comme dit l’évangile, la jeune pousse fait des racines mais elle n’a pas de profondeur et est vite brûlée par le soleil, avant d’avoir pu grandir. La superficialité peut arrêter toute croissance de la vie chrétienne, même après l’enthousiasme des débuts. Il y a aussi les terrains avec des épines. La foi est alors étouffée par « les soucis du monde et la tromperie de la richesse ». Jésus n’a cessé de mettre ses disciples en garde contre l’ambiance matérialiste de notre civilisation. Bien sûr, nous avons besoin d’argent, de confort, de détente, de biens matériels, mais il ne peut y avoir que cela dans la vie. Quand toutes ces choses deviennent trop importantes, la foi risque de disparaître : « L’homme ne vit pas seulement de pain » Le Seigneur a raconté cette parabole afin de souligner la générosité de Dieu qui sème dans tous les terrains. Il a confiance en tout le monde et invite ses disciples à devenir de la bonne terre. Quand nous regardons nos vies, quand nous regardons notre Église, il ne faut pas en rester aux constatations pessimistes et décourageantes : malgré tous les échecs, nous dit le Christ, la récolte sera bonne. C’est une belle parabole pour nous dans un temps difficile. Nos paroisses vivent la « décroissance » et plusieurs églises doivent fermer leurs portes. Il est décourageant de voir que les jeunes, très souvent, ne participent plus aux offices religieux et ne transmettent plus la foi à la génération montante. «Ne vous découragez pas» nous dit le Seigneur : «annoncez la bonne nouvelle de l’évangile dans votre vie, semez généreusement et un jour cela portera du fruit». Voici que le Semeur est sorti pour semer |