16ième Dimanche Ordinaire
Année A - Mt 13, 24-43
Jésus proposa cette parabole à la
foule: «Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon
grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi
survint; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige
poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. «Les serviteurs
du maître vinrent lui dire:
Il leur dit:
Les serviteurs lui disent:
Il répond:
»
RÉFLEXION par Yvon-Michel Allard, svd
Le Christ a une vision réaliste de
notre monde. Il n’est ni un optimiste qui ne voit pas le mal, ni un
pessimiste qui ne trouve rien de bon autour de nous. Notre humanité est un
mélange de bien et de mal, de «grâce et de péché» et en notre propre
coeur, les deux existent côte à côte.
La perfection n’est pas de ce monde. C’est vrai pour la nature : les
ouragans, les tempêtes tropicales, le verglas, les tremblements de terre,
les feux de forêts, les inondations, les sécheresses. C’est vrai pour les
moissons : le chiendent et les mauvaises herbes germent avec le blé, les
légumes et les fleurs. C’est vrai aussi pour chacun de nous. S. Paul
disait : «Souvent je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que
je ne veux pas». (Romains 7, 19)
Dans la vie quotidienne, les gens tombent en amour et envisagent l’avenir
avec beaucoup d’espoir et de projets merveilleux. Puis arrivent les
chicanes de ménage, les problèmes d’argent, les maladies, les infidélités,
les séparations, les divorces, les enfants qui sont échangés entre la mère
et le père et qui souffrent de ces tractations souvent agressives et
haineuses. Ce sont des réalités quotidiennes.
Le message de la patience de Dieu dans l’évangile d’aujourd’hui, est celui
que le Christ a proclamé toute sa vie: il est allé vers ceux et celles qui
sont blessés, brisés, désorientés : les prostituées, les gens malhonnêtes,
les scribes, les prêtres, les politiciens, les collecteurs d’impôts,
espérant qu’une conversion surviendra.
Pour le Christ, il n’y a rien de fixé d’avance et tout peut changer. Il ne
désespère jamais de transformer l’ivraie de nos coeurs en bon grain! Nous
avons des milliers d’exemples de ce phénomène dans le Nouveau Testament et
dans les chroniques du christianisme : Zachée, Marie Madeleine, la
Samaritaine, Pierre, Paul, Augustin, François d’Assise, Ignace de Loyola…
L’histoire est remplie de grands pécheurs qui sont devenus des saints.
Nous connaissons tous des personnes qui, avec l’aide d’un parent, d’un
voisin, et avec la grâce de Dieu, ont réussi à changer l’orientation de
leur vie. Je pense à un alcoolique qui dépensait une bonne partie de ses
revenus pour se procurer de la boisson. Son alcoolisme le détruisait et
rendait la vie impossible pour sa famille. Grâce à un ami qui l’invita à
joindre les Alcooliques Anonymes (AA), il accepta un jour de chercher de
l’aide. Non seulement il arrêta de prendre de la boisson, mais il commença
à aider d’autres personnes qui avaient le même problème que lui. Il est
encore alcoolique (la maladie reste présente) mais ça fait maintenant 15
ans qu’il ne prend plus d’alcool. Il proclame bien haut que grâce à son
ami et grâce à Dieu il est redevenu un bon mari et un père plein de
tendresse.
Le Règne de Dieu possède une force extraordinaire qui peut nous
transformer et Dieu peut se permettre cette patience amoureuse car il est
différent de nous. Il ne condamne pas les pécheurs, ne les juge pas mais
les accueille et mange avec eux.
Dans l’évangile de ce matin, le Seigneur veut nous délivrer de nos
sectarismes, de nos jugements trop sévères et trop hâtifs. Il ne veut pas
une Église de purs, mais une assemblée de pécheurs repentants et
pardonnés. Ce n’est pas l’affaire de l’Église d’instaurer des
inquisitions, des chasses aux sorcières, des purges pour libérer le
terrain. L’Église n’est pas Dieu. En tant que chrétiens, nous n’avons
aucune autorité pour prononcer le jugement final sur quelqu’un d’autre,
car nos jugements sont souvent faussés par nos préjugés et nos partis-pris.
Nous nous laissons facilement berner par les médias et par les majorités.
« C’est écrit dans les journaux! … Tout le monde le fait! »
En Allemagne, avant la deuxième guerre mondiale, 85% des journalistes
étaient en faveur d’Hitler. Ils ont beaucoup influencé les gens et cela a
coûté la vie à 11 millions de personnes en Europe. Aujourd’hui, la
majorité des grands quotidiens sont en faveur de l’avortement et de
l’euthanasie. Nous savons l’influence des médias sur des gens ordinaires
comme nous!
Et puis, il y a les fameux sondages. « La plupart des gens pensent ceci ou
pensent cela ! ». Nous croyons nécessaire de nous ranger du côté de la
majorité, de ce que pense tout le monde. Aux États-Unis, au temps de
Lincoln, la grande majorité des gens était contre l’abolition de
l’esclavage. Abolir cette barbarie sociale serait un désastre économique!
Aujourd’hui, des millions de personnes sont contre la réglementation sur
l’environnement… Ça coûterait trop cher à l’industrie! Pendant ce temps,
nous subissons les changements rapides de la température et toutes les
conséquences qui vont avec ce phénomène de dégradation.
Le Christ nous dit aujourd’hui : attention aux jugements hâtifs, ne vous
laissez pas piéger par ce que pensent les autres. Avant de juger, laissez
entrer dans vos raisonnements les critères évangéliques.
Et surtout, avant d’être intolérants envers les autres, soyons critiques
envers nous-mêmes. C’est la parabole de la paille dans l’œil de l’autre et
la poutre dans le nôtre. Si nous avons envie de juger, commençons par
nous-mêmes. Cela calmera nos ardeurs de justiciers vindicatifs et
arrogants. Jésus nous dit : « ne jugez pas, afin de n’être pas jugés ; car
du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous
mesurez on vous mesurera ». (Mt 7,1-2).
Si vous jugez trop rapidement,
Vous risquez, en ramassant l’ivraie, d’arracher en même temps
le bon blé
|