Réflexion

20 juillet 2008

 

16ième Dimanche Ordinaire 
Année A - Mt  13, 24-43

Jésus proposa cette parabole à la foule: «Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. «Les serviteurs du maître vinrent lui dire: Il leur dit: Les serviteurs lui disent: Il répond: »

RÉFLEXION par Yvon-Michel Allard, svd

Le Christ a une vision réaliste de notre monde. Il n’est ni un optimiste qui ne voit pas le mal, ni un pessimiste qui ne trouve rien de bon autour de nous. Notre humanité est un mélange de bien et de mal, de «grâce et de péché» et en notre propre coeur, les deux existent côte à côte.

La perfection n’est pas de ce monde. C’est vrai pour la nature : les ouragans, les tempêtes tropicales, le verglas, les tremblements de terre, les feux de forêts, les inondations, les sécheresses. C’est vrai pour les moissons : le chiendent et les mauvaises herbes germent avec le blé, les légumes et les fleurs. C’est vrai aussi pour chacun de nous. S. Paul disait : «Souvent je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas». (Romains 7, 19)

Dans la vie quotidienne, les gens tombent en amour et envisagent l’avenir avec beaucoup d’espoir et de projets merveilleux. Puis arrivent les chicanes de ménage, les problèmes d’argent, les maladies, les infidélités, les séparations, les divorces, les enfants qui sont échangés entre la mère et le père et qui souffrent de ces tractations souvent agressives et haineuses. Ce sont des réalités quotidiennes.

Le message de la patience de Dieu dans l’évangile d’aujourd’hui, est celui que le Christ a proclamé toute sa vie: il est allé vers ceux et celles qui sont blessés, brisés, désorientés : les prostituées, les gens malhonnêtes, les scribes, les prêtres, les politiciens, les collecteurs d’impôts, espérant qu’une conversion surviendra.

Pour le Christ, il n’y a rien de fixé d’avance et tout peut changer. Il ne désespère jamais de transformer l’ivraie de nos coeurs en bon grain! Nous avons des milliers d’exemples de ce phénomène dans le Nouveau Testament et dans les chroniques du christianisme : Zachée, Marie Madeleine, la Samaritaine, Pierre, Paul, Augustin, François d’Assise, Ignace de Loyola… L’histoire est remplie de grands pécheurs qui sont devenus des saints.

Nous connaissons tous des personnes qui, avec l’aide d’un parent, d’un voisin, et avec la grâce de Dieu, ont réussi à changer l’orientation de leur vie. Je pense à un alcoolique qui dépensait une bonne partie de ses revenus pour se procurer de la boisson. Son alcoolisme le détruisait et rendait la vie impossible pour sa famille. Grâce à un ami qui l’invita à joindre les Alcooliques Anonymes (AA), il accepta un jour de chercher de l’aide. Non seulement il arrêta de prendre de la boisson, mais il commença à aider d’autres personnes qui avaient le même problème que lui. Il est encore alcoolique (la maladie reste présente) mais ça fait maintenant 15 ans qu’il ne prend plus d’alcool. Il proclame bien haut que grâce à son ami et grâce à Dieu il est redevenu un bon mari et un père plein de tendresse.

Le Règne de Dieu possède une force extraordinaire qui peut nous transformer et Dieu peut se permettre cette patience amoureuse car il est différent de nous. Il ne condamne pas les pécheurs, ne les juge pas mais les accueille et mange avec eux.

Dans l’évangile de ce matin, le Seigneur veut nous délivrer de nos sectarismes, de nos jugements trop sévères et trop hâtifs. Il ne veut pas une Église de purs, mais une assemblée de pécheurs repentants et pardonnés. Ce n’est pas l’affaire de l’Église d’instaurer des inquisitions, des chasses aux sorcières, des purges pour libérer le terrain. L’Église n’est pas Dieu. En tant que chrétiens, nous n’avons aucune autorité pour prononcer le jugement final sur quelqu’un d’autre, car nos jugements sont souvent faussés par nos préjugés et nos partis-pris.

Nous nous laissons facilement berner par les médias et par les majorités. « C’est écrit dans les journaux! … Tout le monde le fait! »

En Allemagne, avant la deuxième guerre mondiale, 85% des journalistes étaient en faveur d’Hitler. Ils ont beaucoup influencé les gens et cela a coûté la vie à 11 millions de personnes en Europe. Aujourd’hui, la majorité des grands quotidiens sont en faveur de l’avortement et de l’euthanasie. Nous savons l’influence des médias sur des gens ordinaires comme nous!

Et puis, il y a les fameux sondages. « La plupart des gens pensent ceci ou pensent cela ! ». Nous croyons nécessaire de nous ranger du côté de la majorité, de ce que pense tout le monde. Aux États-Unis, au temps de Lincoln, la grande majorité des gens était contre l’abolition de l’esclavage. Abolir cette barbarie sociale serait un désastre économique! Aujourd’hui, des millions de personnes sont contre la réglementation sur l’environnement… Ça coûterait trop cher à l’industrie! Pendant ce temps, nous subissons les changements rapides de la température et toutes les conséquences qui vont avec ce phénomène de dégradation.

Le Christ nous dit aujourd’hui : attention aux jugements hâtifs, ne vous laissez pas piéger par ce que pensent les autres. Avant de juger, laissez entrer dans vos raisonnements les critères évangéliques.

Et surtout, avant d’être intolérants envers les autres, soyons critiques envers nous-mêmes. C’est la parabole de la paille dans l’œil de l’autre et la poutre dans le nôtre. Si nous avons envie de juger, commençons par nous-mêmes. Cela calmera nos ardeurs de justiciers vindicatifs et arrogants. Jésus nous dit : « ne jugez pas, afin de n’être pas jugés ; car du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on vous mesurera ». (Mt 7,1-2).

Si vous jugez trop rapidement,

Vous risquez, en ramassant l’ivraie, d’arracher en même temps
le bon blé