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Réflexion
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23ième Dimanche Ordinaire Année A - Mt 18, 15-20
Jésus disait à ses disciples: «Si
ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa
faute. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas,
prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit
réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter,
dis-le à la communauté de l’Église; s’il refuse encore d’écouter l’Église,
considère-le comme un païen et un publicain.
Le chapitre 18 de Matthieu contient le quatrième grand discours de son évangile. Après le discours programmatique du Sermon sur la montagne, le discours missionnaire et le discours en paraboles, nous avons maintenant le discours communautaire qui parle des relations entre les membres de la communauté chrétienne. Les experts appellent ces recommandations de Jésus « l’enseignement sur la vie communautaire ». Il est bon de lire ce discours, de le méditer sous cet angle car nous sommes toujours insérés dans une communauté, que ce soit en famille, dans la paroisse, dans un groupe de travail ou un groupe d’amis. La communauté ne doit jamais ériger une barrière définitive, elle doit toujours garder les portes ouvertes et la lumière allumée. Une communauté est chrétienne lorsqu’elle ne se résigne pas à la perte définitive d’un frère ou d’une soeur, lorsqu’elle se montre capable d’accueillir, de pardonner, de réconcilier, lorsqu’elle fait tout ce qui est nécessaire pour permettre le retour attendu. Et il doit y avoir un air de fête lorsque la soeur ou le frère qui s’est trompé et qui est parti au loin réapparaît à l’horizon (histoire de l’enfant prodigue). Les sociologues affirment que l'homme d’aujourd’hui est porté à un individualisme à toute épreuve. « Chacun pour soi. » Ce matin, dans l'évangile, le Christ condamne cette attitude et nous rappelle que nous formons une communauté. Nous sommes responsables les uns des autres. Nous sommes une « race communautaire ». Dans la lettre aux Romains, St Paul a une phrase extraordinaire: « Frères, ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a parfaitement accompli la loi ». Il y aura toujours des tensions à l’intérieur des familles, entre parents et enfants, entre amis, entre voisins, au travail, dans la paroisse. Dans ces situations de conflits, le chrétien ne doit jamais se résigner à la perte de quelqu’un. Dans certains groupes, dans certaines familles, les ruptures durent pendant des années et parfois ne disparaissent qu’avec la mort de ceux et celles qui les ont entretenues sans jamais avoir voulu se réconcilier. Aujourd’hui, Jésus nous propose une façon de faire pour essayer de résoudre les difficultés de communication qui naissent dans nos vies : la correction fraternelle. Cela nous semble insolite, mais à bien y penser, c’est peut-être la manière la plus charitable et la plus efficace d'agir. Il faut un certain courage pour aller trouver quelqu’un et lui faire des reproches alors que nous-mêmes sommes loin d’être parfaits et ne sommes pas exempts de torts. Habituellement, nous faisons le contraire de ce que Jésus nous suggère dans l'évangile : au lieu de rencontrer la personne et de lui parler, nous faisons des insinuations malveillantes, des accusations sournoises, de la médisance, nous détruisons sa réputation. Le Christ nous dit ce matin : tout ceci n'est pas chrétien. Il existe, hélas, des « redresseurs de torts » qui, dans une attitude de critique systématique, se mêlent de tout et sont toujours prêts à faire la leçon aux autres. Ils sont innombrables dans l’histoire les torts irréparables causés par ces puritains vindicatifs ou irréfléchis. Ce serait défigurer la pensée de Jésus que de condamner, d’accabler les pécheurs. Tout l’évangile nous dit précisément le contraire et le contexte immédiat du « discours communautaire » ne parle que de délicatesse et de miséricorde envers les autres. Tout juste avant le passage que nous lisons aujourd’hui, Jésus a raconté la parabole de la brebis perdue : « Gardez-vous de mépriser quiconque... votre Père ne veut qu’aucun de ces petits ne se perde » (Matthieu 18, 14). Et tout juste après notre texte, Jésus va demander à Pierre de pardonner « non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois» (Matthieu 18, 21). Selon Jésus, le but de la correction fraternelle n'est pas d'humilier, mais de réconcilier. Il ne s’agit pas d'avoir raison et de montrer que nous sommes supérieur. « Si ton frère t’écoute, tu auras gagné ton frère ». Voilà le prix, la grande récompense. Il ne s’agit pas de vaincre un argument, de prévaloir sur l’autre, de l’humilier, mais bien de gagner son frère en tant que frère. Il ne s’agit pas de la satisfaction mesquine d’avoir raison, mais de la joie de constater que l’ouverture à l’autre a porté du fruit. Le but de la correction fraternelle est d’éviter que l’autre ne soit marginalisé. La communauté qui s'efforce de pratiquer la correction fraternelle connaît bien la parabole de la paille et de la poutre dans l’oeil. (Mt 7, 1-5) Lorsque nos rencontrons quelqu’un qui a péché, nous dit le Christ, nous devons avoir la même attitude que le père de l'enfant prodigue. La société actuelle nous pousse dans la direction d'un individualisme anarchique et le bien commun passe en second. Pour le Christ, la cohérence du groupe, l’amour de l’autre est ce qu’il y a de plus important. Si tu apportes ton offrande à l'autel et te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens présenter ton offrande (Mt 5, 23-24). C’est dans ce climat de réconciliation que le Christ nous invite à la correction fraternelle. Si ton frère ou ta sœur a commis un péché, va lui parler seul à seul... |