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Réflexion
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19ième Dimanche Ordinaire Année A - Mt 14, 22-33
Aussitôt après avoir nourri la foule
dans le désert, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à
le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand
il les eut renvoyées, il se rendit dans la montagne, à l’écart, pour
prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne
distance de la terre, battue par les vagues, car le vent était contraire.
Tous les commentateurs, depuis les premiers Pères de l’Église, ont vu dans cette "barque" battue par les vents, un symbole de l’Église au milieu de la tempête. Lorsque Matthieu écrivit son évangile, les communautés chrétiennes n’étaient, effectivement, qu’une barque sans défense voguant difficilement sur la mer déchaînée de l’Empire romain, ramant à contre‑courant! Les disciples du Seigneur étaient en difficultés avec les dirigeants de l’Empire qui les persécutaient, avec les responsables du judaïsme qui les chassaient des synagogues, et avec les communautés chrétiennes elles-mêmes qui se divisaient en deux groupes : ceux et celles venus du judaïsme et ceux et celles venus d’autres religions. Le récit de la tempête apaisée est un texte, plein d’images et de symboles, qui s’appliquent aussi bien aux conditions difficiles du temps de Matthieu qu’ aux conditions actuelles. Aujourd’hui encore nous avons de bonnes raisons de croire que nous sommes dans la tempête. Les mass médias nous parlent de guerres et de terrorisme, d’ouragans, d’épidémies, de famine, de tremblements de terre, de feux de forêts, d’inondations. Les maladies de toutes sortes, l’alcoolisme, les faillites immobilières, la flambée des prix, les pertes d’emploie, la pornographie, la drogue, la violence, les abus sexuels font parti de notre quotidien. Notre Église est en période de décroissance et semble faire face à des problèmes insurmontables. L’assistance diminue, la population des pratiquants vieillit, les temples ferment leurs portes, le nombre de prêtres ne suffit plus. Ce sont les tempêtes dont parle l’évangile. Et à travers tout cela, le Christ, qui ne semble pas se rendre compte de ce qui se passe dans le monde, nous dit : «Courage, c’est moi, n’ayez pas peur! Je suis là, avec vous.» Pierre, qui nous représente tous, fait un acte de bravoure en demandant au Christ d’aller le rejoindre sur les eaux en furie, mais sa foi n’est pas à la hauteur de ses aspirations. La peur le prend et il commence à couler. «Homme de peu de foi! Pourquoi as-tu douté?», lui dit Jésus, tout en lui tendant la main. Il est intéressant de noter que justement Pierre, celui qui a douté, celui qui plus tard reniera le Christ, deviendra le chef de l’Église, la pierre fondamentale de la communauté chrétienne, celui qui devra affermir ses frères et sœurs dans la foi! Il est bon de nous rappeler que les fondations de notre Église ne sont pas basées sur le Pape, sur les apôtres ou sur les évêques, mais sur le Christ lui-même. C’est la présence du Christ et de l’Esprit Saint qui assure la paix, la sérénité, la continuité de notre communauté chrétienne à travers les tempêtes de notre monde. La "foi" est présentée ici comme un combat contre le doute et la peur. Pierre, le "premier des croyants", n’est pas choisi à cause de ses qualités personnelles. Après toutes ses grandes déclarations de fidélité, nous le voyons perdre pied et il affirme « qu’il ne connaît pas cet homme ». Au milieu de son doute et de sa peur, c’est le même chef des apôtres qui prie avec insistance : «Seigneur, sauve‑moi! Kyrie eleison!» Pierre, le chef des premières communautés chrétiennes, le premier Pape, possède une foi fragile, il est plein de peurs et d’angoisses. Cependant, lorsque Jésus est avec lui, il se sent en sécurité. Dieu est là au coeur de nos tempêtes. Dans notre monde de turbulence extrême, le Christ est source de paix. Chacun de nous voit parfois son horizon s’assombrir par les échecs, la maladie, le deuil, les problèmes familiaux, les difficultés de toutes sortes. Dans la nuit, nous sommes sur une barque battue par les vagues, sous les rafales meurtrières des vents contraires. Et le Christ nous répète: « N’ayez pas peur, c’est moi, voici que je suis avec vous, jusqu’à la fin des temps. » Il est toujours prêt à nous tendre la main pour nous empêcher d’être engloutis par les flots. Le soir du Jeudi Saint, il avait dit à ses disciples : «Je vous laisse ma paix… Je vous la donne non pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie. » (Jean 14, 27) Chaque dimanche, nous nous rassemblons pour expérimenter cette présence du Christ dans nos vies et chaque dimanche le Christ nous répète ce qu’il dit à ses apôtres sur les eaux en furie : «Courage, c’est moi! N’ayez pas peur.» |