Réflexion

24 août 2008

 

21ième Dimanche Ordinaire 
Année A - Mt  16, 123-20

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples: « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes? » Ils répondirent: « Pour les uns, il est Jean Baptiste; pour d’autres, Élie; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »

Jésus leur dit: « Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je? » Prenant la parole, Simon-Pierre déclara: « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant! »

Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara: « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas: ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux: tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Messie.


RÉFLEXION par Yvon-Michel Allard, svd

Ses environs de Tyr et de Sidon, sur les côtes du Liban, Matthieu conduit Jésus et ses disciples au pied du mont Hermon dont les cimes enneigées dominent le Lac de Galilée. C’est ici que le Jourdain prend sa source. Vers l’an 2 avant Jésus Christ, dans ce site enchanteur de fraîcheur et de verdure, près de la grotte du Dieu Pan, le roi Hérode-Philippe II avait fait construire une ville de villégiature. Il avait donné à cette ville le nom de Césarée de Philippe, pour honorer César, le maître de l’Empire romain. 

Nous sommes à un point tournant dans la composition de l’évangile de Matthieu. Après le meurtre de Jean Baptiste, Jésus a quitté la Galilée. Il évite maintenant les foules et se consacre entièrement à ses apôtres à qui il va dévoiler le mystère de sa passion. Le Messie souffrant, humilié devient le point central de sa prédication. 

Jésus sait ce que l’on pense de lui. Il pose quand même la question : « Le Fils de l’Homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ? » Les réponses sont variées : Jean-Baptiste ressuscité, Elie dont on attendait le retour, Jérémie, un des prophètes... Et les Douze n’osent pas lui rappeler ce que disent de lui les chefs religieux : il est un hérétique, un possédé, un séducteur, un glouton, un ivrogne. Le Christ pose alors la question très personnelle : «Mais pour vous, qui suis-je ?»

C’est Pierre qui donne la bonne réponse : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». Il est évident que la réponse complète n’a été comprise par Pierre qu’après la résurrection, même si l’évangéliste l’utilise ici, avant l’entrée de Jésus à Jérusalem.  

Dans le quatrième évangile, S. Jean nous donne une autre profession de foi de Pierre. Lorsque les disciples, en grand nombre, abandonnent le Seigneur, celui-ci demande à ses apôtres : « Voulez-vous partir vous aussi ? » Et Pierre, au nom des autres répond : « À qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » (Jean 6, 67) 

Malgré toutes ses lacunes, Pierre est choisi par Jésus pour être le fondement de son Église. Il faut cependant nous rappeler que ce n’est pas lui qui va construire l’Église. C’est le Christ lui-même : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ». Et Jésus lui promet un charisme spécial :«J’ai prié pour toi afin que ta Foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères et soeurs.» (Luc 22. 32) 

Il ne faut jamais oublier que l’autorité conférée à Pierre est une autorité de service. Jésus a insisté pour laver les pieds de Pierre afin de lui enseigner cela. Pierre et les apôtres reçoivent les clés non pas pour fermer les portes du Royaume mais pour les ouvrir à tous. Le Christ avait accusé les scribes et les pharisiens de fermer l’entrée du Royaume de Dieu : « Malheur à vous scribes et pharisiens hypocrites, vous qui fermez aux autres le royaume des cieux! Vous n’entrez certes pas vous-mêmes, et vous ne laissez même pas entrer ceux qui le voudraient. » (Mt 23, 13) Jésus ne veut pas que l’on fasse la même chose dans son Église. 

Le rôle de Pierre est d’être symbole d’unité dans l’Église. C’est ce qui se produit au premier concile de Jérusalem lorsque quatre ou cinq groupes d’idées différentes sur l’adhésion des non-Juifs au christianisme se sont rencontrés pour régler cette question épineuse. C’est Pierre qui a su rallier S. Paul, le libéral, S. Jacques le conservateur, les grecs de la gauche et les pharisiens chrétiens de la droite. Ils se sont tous mis d’accord autour de Pierre qui a expliqué ce qui lui était arrivé chez le centurion romain. (Actes des Apôtres 11, 1-18) 

Pierre est donc celui autour duquel les Chrétiens font l’unité. À travers les siècles, ça n’a pas toujours été le cas chez les successeurs de Pierre, mais aujourd’hui les gestes d’unité et de réconciliation se multiplient. Benoît XVI dans la synagogue de Cologne, Paul VI et Jean-Paul II avec les orthodoxes, les protestants et les leaders des autres religions. C’est le rôle du Pape de faire l’unité à l’intérieur de l’Église, avec ceux qui ont pris leur distance de Rome, et avec les membres d’autres religions. 

L’unité est importante car c’est ensemble, « en église », que nous participons à la vie du Royaume. Le Concile Vatican II a défini l’Église comme le « peuple de Dieu ». Il est impossible d’être chrétien seul, d’avoir la foi individuellement. La non-pratique religieuse, l’éloignement de la communauté chrétienne provoquent souvent l’atrophie et la disparition de la foi. 

Lorsque les gens disent qu’ils sont des chrétiens pratiquants, ils veulent souvent dire qu’ils vont à la messe le dimanche. Mais être « chrétien pratiquant », c’est plus que d’assister aux liturgies. C’est aussi pratiquer la justice, la fraternité, l’hospitalité, le respect des autres, agir avec justice dans les affaires, savoir être fidèle, pardonner les offenses, aimer ses ennemis, être des promoteurs de paix, refuser la violence, être tolérant... 

Dietrich Bonhoeffer, un fameux théologien et pasteur protestant pendu par les Nazis pour ses idées religieuses et pour sa défense des Juifs pendant la 2e guerre mondiale, posait à ses paroissiens de Berlin la question suivante: «Si aujourd’hui on vous accusait d’être chrétien, est-ce qu’on trouverait suffisamment de preuves pour vous condamner? » Bonhoeffer savait l’importance de la fidélité aux exigences de l’évangile. 

L’apôtre des pauvres, l’abbé Pierre, affirmait: « Lorsque nous arriverons à la fin de notre vie, on ne nous demandera pas si nous avons été croyants, mais si nous avons été crédibles »... si nos actions correspondent à notre profession de foi! 

Le christianisme est une grande espérance mais il a ses exigences évangéliques. Nous devons continuellement vérifier notre pratique religieuse et notre adhérence au Christ à la lumière de l’évangile. La réponse à la question du Christ déterminera le genre de chrétien que nous sommes.

Pour vous, qui suis-je?